Résumé
Dans la seconde moitié du vingtième siècle, la « chose même » (Sache) et sa « Sachlichkeit » – ce qui fait le sens et la teneur de ce qu’il y a à penser en phénoménologie – se sont considérablement déplacées (si on les confronte avec ce qui
en constituait la signification originale, par exemple dans les Logische Untersuchungen ou les Ideen I de Husserl). Alors que le père fondateur de la phénoménologie visait dans
ses travaux à ouvrir l’immense champ d’une analyse descriptive des « structures », « opérations » et « effectuations » de la « conscience transcendantale » eu égard à leur teneur « essentielle » et « eidétique », les recherches phénoménologiques plus récentes, notamment en France, en sont venues à remettre en question ce pilier inébranlable (pour Husserl) de la méthode phénoménologique qu’est la solidarité ferme et étroite entre le « Bewusstsein » et l’« eidos »1,2. En vertu d’un « bouger », de « vibrations » et d’« oscillations » qui ne se laissent nullement enfermer dans une « histoire de l’être » unilatérale et finalement douteuse – bien qu’il y ait incontestablement une évolution historique dans la philosophie contemporaine –, la « chose » à penser s’est de plus en plus avérée inachevée (et ce, par principe), hétérogène à toute forme de système (celui ci fût-il « ouvert », comme chez Husserl et Fink) et fragile et réticente quant à la possibilité de se laisser dire et exprimer dans la langue philosophique. Il ne saura être question ici de chercher les raisons de ces déplacements – notre propos est bien plutôt de procéder à une mise au point, à un « état des lieux » de la recherche
phénoménologique d’aujourd’hui. Nulle œuvre ne s’y prête mieux que celle, encore largement méconnue, de Marc Richir.
Références
Gondek, H.-D., & Tengelyi, L. (En prensa). Neue Phänomenologie in Frankreich. Suhrkamp-Verlag.
Heidegger, M. (s. f.). Metaphysische Anfangsgründe der Logik im Ausgang von Leibniz (GA 26).
Heidegger, M. (s. f.). Sein und Zeit.
Husserl, E. (s. f.). Ideen I.
Husserl, E. (s. f.). Logische Untersuchungen.
Janicaud, D. (Ed.). (1995). L’intentionnalité en question entre phénoménologie et recherches cognitives.
Richir, M. (1981). Recherches phénoménologiques (I, II, III): Fondations pour la phénoménologie transcendantale. Ousia.
Richir, M. (1987). Phénomènes, temps et êtres: Ontologie et phénoménologie. J. Millon.
Richir, M. (1991). Du sublime en politique. Payot.
Richir, M. (1991). Sens et paroles: Pour une approche phénoménologique du langage. En G. Florival (Ed.), Figures de la rationalité: Études d’anthropologie philosophique IV (pp. 228–246). Éditions de l’Institut Supérieur de Philosophie de Louvain-la-Neuve; Vrin; Peeters.
Richir, M. (1998). Qu’est-ce qu’un phénomène? Les Études philosophiques, (4).
Richir, M. (2002). L’institution de l’idéalité: Des schématismes phénoménologiques. Mémoires des Annales de Phénoménologie.
Richir, M. (2004). Phantasía, imagination, affectivité: Phénoménologie et anthropologie phénoménologique. J. Millon.
Richir, M. (2006). Fragments phénoménologiques sur le temps et l’espace. J. Millon.
Schelling, F. W. J. (2000). System des transzendentalen Idealismus (H. D. Brandt & P. Müller, Eds.). Meiner.
Schnell, A. (2004). La genèse de l’apparaître: Études phénoménologiques sur le statut de l’intentionnalité. Mémoires des Annales de Phénoménologie.
Schnell, A. (2004). Temps et phénomène: La phénoménologie husserlienne du temps. Olms.
Schnell, A. (2005). De l’existence ouverte au monde fini: Heidegger 1925-1930. Vrin.
Schnell, A. (2007). Husserl et les fondements de la phénoménologie constructive. J. Millon.
Schnell, A. (2010). En deçà du sujet: Du temps dans la philosophie transcendantale allemande. Presses universitaires de France.

Ce travail est disponible sous licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
