Résumé
Cet article se propose de réfléchir au concept phénoménologique de l’infini chez Emmanuel Levinas, pour autant qu’il concerne la subjectivité et l’expérience de soi. L’originalité de Levinas réside dans l’inversion du sens métaphysique de l’infini appliqué au sujet : ce concept était auparavant réservé soit à l’ouverture potentielle d’un «Moi absolu», soit à la désignation de l’infinité actuelle de Dieu. Levinas, en revanche, conçoit l’infini comme une expérience éthique d’une transcendance de soi passive — une exposition à l’altérité absolue de l’autre. L’expérience de sa propre mortalité sous-tend cette expérience de l’infini : je sais que je suis mortel, non pas simplement parce que je sais que je dois mourir, mais parce que j’éprouve ma mortalité dans la mesure où ma responsabilité envers l’autrui peut aller jusqu’au don de ma vie pour lui. Je soutiendrai toutefois que Husserl reconnaît une prémonition paradoxale de la mort qui ne signifie pas nécessairement une certitude quant à l’être ou au non-être, mais plutôt un malaise remettant en question la continuité purement immanente du «Moi».

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